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Quand les sédiments façonnent les marais littoraux… et leur capacité à stocker le carbone

Les marais littoraux, et les prés salés en particulier qui sont situé dans la zone de balancement des marées, sont des écosystèmes côtiers particulièrement précieux. Ils protègent le littoral contre l'érosion, abritent une biodiversité remarquable et constituent d'importants réservoirs naturels de carbone. Leur capacité à assurer ces services dépend cependant de leur évolution géomorphologique: un pré salé doit pouvoir progresser vers la mer lorsque les conditions sont favorables, mais aussi élever progressivement sa surface grâce à l'accumulation de sédiments afin de suivre la montée du niveau marin.

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Comprendre les mécanismes qui contrôlent cette évolution reste difficile car de nombreux facteurs interviennent simultanément : exposition aux vagues, fréquence d'inondation, disponibilité des sédiments, proximité des fleuves, géométrie des baies… Pour mieux distinguer le rôle de chacun de ces facteurs, les chercheurs des projets CarboNium et CABESTAN ont comparé trois prés salés des Pertuis Charentais. Ces sites présentent un climat, un marnage et une élévation du niveau marin comparables, mais diffèrent par leur géomorphologie, leur exposition aux vagues et leur alimentation en sédiments.

Les résultats montrent que les marais les mieux protégés des vagues peuvent progresser rapidement vers la mer, avec des vitesses atteignant 14 mètres par an, tandis que les secteurs les plus exposés connaissent une progression beaucoup plus lente, voire de l'érosion. La géomorphologie côtière apparaît ainsi comme un facteur déterminant de l'évolution latérale des prés salés.

L'étude révèle également que l'élévation verticale des marais dépend avant tout de la disponibilité des sédiments transportés par les eaux côtières. Dans les Pertuis Charentais, particulièrement riches en matières en suspension grâce aux apports fluviaux et aux vasières intertidales, certains secteurs accumulent plus d'un centimètre de sédiments par an. Cette capacité leur permet de maintenir leur altitude malgré l'élévation du niveau marin.

Cette dynamique sédimentaire contrôle directement le stockage du carbone. Dans ces marais macrotidaux minérogènes, le carbone est enfoui principalement avec les sédiments déposés lors des marées. Les sites qui accumulent le plus de sédiments sont donc également ceux qui séquestrent le plus de carbone à long terme. Les analyses isotopiques montrent en outre que ce carbone provient majoritairement de la matière organique apportée par le milieu marin plutôt que de la seule production végétale locale.

Ces résultats soulignent que préserver les apports naturels en sédiments et laisser aux marais l'espace nécessaire pour évoluer constitue un levier essentiel pour renforcer leur résilience face au changement climatique, protéger le littoral et maintenir leur rôle de puits de carbone.

 

Benjamin Amann

A propos du premier autour de l'article scientifique : Benjamin Amann 

Benjamin fait parti du projet CABESTAN

Il est Post-doctorant et travail sur l'évolution sédimentaire des marais littoraux et la séquestration du carbone 

Mes activités de recherche visent à mieux comprendre le fonctionnement et l’évolution morpho-sédimentaire des zones humides littorales en réponse à l’aléa de submersion marine, et leur importance dans le cycle du carbone à long-terme. L’objectif est de mieux comprendre comment les facteurs environnementaux et la diversité des usages influencent l’accumulation de sédiments et de carbone organique dans les zones humides littorales. 

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